Commémoration du 19 mars : fin de la guerre d’Algérie

Le gouvernement français et le Front de Libération Nationale signaient la fin des combats en Algérie le dimanche 18 mars 1962, à Evian,

Cela mettait un terme à dix années de guerre, ainsi qu’aux combats au Maroc et en Tunisie. Le lendemain, le lundi 19 Mars 1962 à 12 heures, le cessez-le-feu était proclamé.

 

Vendredi 19 mars 2021 à 12h, Carole Grelaud, Maire, a commémoré la fin des combats. Cette cérémonie s’est déroulée en audience limitée en raison des conditions sanitaires.

 

Discours du Maire de Couëron, Madame Carole Grelaud

à l’occasion de la cérémonie anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie

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« Mesdames et messieurs les représentants des corps constitués,

Mesdames et messieurs, les représentants d’associations d’anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les élus,

Chers amis,

 

Le dimanche 18 mars 1962, à Evian, le gouvernement français et le Front de Libération Nationale signaient la fin des combats en Algérie,

Ce 18 mars 1962 mettait un terme à dix années de guerre, ainsi qu’aux combats au Maroc et en Tunisie.

Le lendemain, le lundi 19 mars 1962 à 12 heures, le cessez-le-feu était proclamé. Ce cessez-le feu, certes, s’il permit de donner un nom au conflit, de parler de « guerre d’Algérie », et non plus de « guerre sans nom », ce cessez le feu ne fut en rien un armistice, en rien un gage de paix. Il ne devait en rien occulter les longs mois qui suivirent, les longs mois de déchainement de la violence, des règlements de comptes, des attentats terroristes, les nombreuses victimes, militaires ou civiles, tombées sous les balles de la guérilla, ces femmes et enfants, piégés dans les attentats à la bombe, soufflés en traversant la rue ou dans leurs logis même. Les victimes de la torture.

 

Alors oui, commémorons cette journée qui acta l’amorce de la paix mais n’oublions pas.

Aujourd’hui, deux ans après la reconnaissance « au nom de la République française », de la mort de Maurice Audin, en 2018, torturé et assassiné par des militaires français, le président Macron a reconnu la responsabilité de la France dans la torture et l’assassinat dans des conditions particulièrement atroces, d’Ali Boumendjel, avocat algérien, défenseur des militants nationalistes durant la bataille d’Alger. Cette reconnaissance doit contribuer à l’apaisement et à la sérénité de ceux que la guerre a meurtris.

Mais n’oublions pas, pour autant, le sort de ces pieds noirs, à qui l’on offrait le choix entre la valise et le cercueil, les 200 000 harkis qui servirent la France et qui furent abandonnés par leur Nation, notamment du fait d’une loi leur retirant la nationalité française en mai 1962.

 

N’oublions pas les 2 millions de jeunes français mobilisés,

les 27 000 victimes civiles ou militaires, le millier de disparus,

les 1 300 morts des suites de leurs blessures,

les 400 000 civils algériens morts,

le million et demi de paysans algériens déplacés,

les 15 000 à 30 000 harkis,

les 30 000 soldats français,

les 4 500 pieds noirs tués

et les 800 000 autres déplacés en métropole.

 

N’oublions pas et surtout, imaginons-nous juste un instant, derrière cette longue litanie de chiffres, derrière ces chiffres égrenés les uns à la suite des autres, la réalité de ces existences. Imaginons, juste un instant, ces visages, plein de vie et d’énergie, ces jeunes, appelés du contingent, arrachés à leurs familles, à leurs femmes ou fiancées, à leurs parents, happés dans leur trajectoire, dans leurs rêves et leurs destins, Imaginons ces jeunes Couëronnais partis défendre une cause sans objet ; une guerre sans but, un combat dénué de sens, imaginons ces vies innocentes et sacrifiées au nom de la toute-puissance de quelques-uns.

« La colonisation est plus que la domination d’un individu par un autre, d’un peuple par un autre ; c’est la domination d’une civilisation par une autre ; la destruction des valeurs originales par des valeurs étrangères. » a dit Léopold Sédar Senghor (1906-2001)

Aux yeux d’un peuple subissant l’affront de la colonisation, comment accepter l’occupation de son pays par un autre pays ? Comment abdiquer son droit à décider de la manière dont nous souhaitons être gouverné ? Comment renoncer à la façon de suivre ses coutumes face à des usages que l’on cherche à vous imposer ?

Ce matin, 59 ans plus tard sur cette place, à l’instar des villes et villages de France, il ne s’agit pas ici de rouvrir les vieilles plaies, de faire ressurgir les démons du passé.

Ce matin, fort du recul de l’histoire, il est de notre devoir de faire acte de mémoire ; et de l’inscrire dans une démarche de vérité et de réconciliation, salvatrice et essentielle à notre conscience collective et citoyenne.

Aujourd’hui, vendredi 19 mars est un jour de célébration de la paix, ne l’oublions pas.

Il nous engage à nous tourner vers l’avenir et à cicatriser nos plaies. Il doit être à l’image de notre profond respect et de notre reconnaissance pour les anciens combattants, et leurs familles qui ont souffert avec eux, C’est pour eux, en lien avec ceux qui portent ce souvenir, que nous sommes ensemble aujourd’hui, devant ce monument où sont gravés les noms de nos concitoyens morts pour la France.

 

Cinq Couëronnais y perdirent la vie :

–     Albert Bloyet

–     Rémy Delzongle

–     Daniel Jauret

–     Michel Letailleur

–     Philbert Uriem.

Des maris, des frères, des amis, tous victimes des sombres pages de notre Histoire et auxquels nous pensons particulièrement en cette Journée nationale d’hommage aux « Morts pour la France ». Presque 59 ans après la fin des combats, c’est pour eux qu’il convient d’encourager une mémoire apaisée de cette période. Et c’est en leur mémoire qu’il nous faut construire et maintenir ensemble la Paix des Peuples.

Vive la démocratie ! Vive l’Europe ! Vive la France ! Vive la Paix !«